Ce n’est pas la nourriture que tu combats, c’est tout ce que tu n’as jamais eu le droit d’exprimer.
Tu as appris à te taire.
Pas d’un coup, pas en un jour, mais petit à petit, au fil des remarques, des regards, des “ce n’est pas le moment”, des “arrête de faire des histoires”, des silences qui t’ont fait comprendre que ce que tu ressentais n’avait pas vraiment sa place.
Tu as appris à ravaler ce qui débordait.
À avaler tes émotions comme on avale un médicament amer, en espérant que ça passe, que ça s’éteigne, que ça ne dérange plus personne.
Tu as appris à sourire quand ton ventre se tordait, à dire “ça va” alors que ton cœur cognait trop fort, à faire comme si de rien n’était quand tout en toi criait que quelque chose n’allait pas.
Tu as appris à être forte, à ne pas pleurer devant les autres, à ne pas montrer quand tu étais blessée, à ne pas dire quand tu étais fatiguée de tout porter.
Tu as appris à te contenir, à te contrôler, à te faire petite, à ne pas prendre trop de place, à ne pas demander trop d’attention, à ne pas déranger.
Et ton corps, lui, a tout encaissé.
Il a serré les dents quand tu n’avais pas le droit de répondre.
Il a serré le ventre quand tu n’avais pas le droit d’exister pleinement.
Il a serré la gorge quand tu n’avais pas le droit de dire “stop”.
Il a serré les émotions jusqu’à ce qu’elles deviennent des tensions, des compulsions, des restrictions, des envies soudaines, des obsessions autour de la nourriture.
Parce que quand on t’apprend à te taire, ton corps finit par parler à ta place.
Avec ces moments où tu manges vite, trop, sans réfléchir, juste pour calmer ce qui brûle à l’intérieur.
Avec ces moments où tu te prives, où tu te contrôles, où tu te vides, parce que c’est la seule manière que tu connais pour reprendre un peu de pouvoir.
Avec ces soirées où tu ouvres le frigo sans savoir ce que tu cherches vraiment.
Avec ces matins où tu te réveilles déjà en lutte contre toi-même.
Ce n’est pas un manque de volonté.
Ce n’est pas un “problème alimentaire”.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une histoire de survie.
Une histoire de silence.
Une histoire de tout ce que tu n’as jamais pu dire, jamais pu poser, jamais pu laisser sortir autrement que par ton corps.
Et tu n’as rien raté.
Tu n’es pas cassée.
Tu n’es pas “trop”.
Tu n’es pas “pas assez”.
Tu es juste une femme qui a appris à se taire pour rester en sécurité, pour être aimée, pour être acceptée, pour ne pas déranger.
Et ton corps a fait ce qu’il a pu, comme il a pu, pour t’aider à tenir.
Aujourd’hui, tu peux apprendre autre chose.
Tu peux apprendre à écouter ce qui se passe en toi avant que ça ne devienne une bataille avec ton assiette.
Tu peux apprendre à laisser une émotion exister sans qu’elle te submerge.
Tu peux apprendre à respirer avant de te remplir, à sentir avant de te contrôler, à dire avant de t’effacer.
Tu peux réapprendre à parler.
À te parler.
À te laisser vivre.
À te laisser sentir.
À te laisser être.
Ton corps n’est pas ton ennemi.
Il est juste celui qui a tout gardé quand tu n’avais plus de mots.